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Message par Tsina le Ven 18 Avr - 9:19

"FORT-DE-FRANCE (AFP) — Un premier hommage populaire à la mémoire du poète Aimé Césaire décédé jeudi à 94 ans à Fort-de-France, et dont le combat contre le colonialisme avait trouvé des échos jusqu'en Afrique et aux Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi dans les rues de Fort-de-France, en attendant ses obsèques nationales que la France organisera dimanche.

La presse quotidienne rend un hommage unanime à Aimé Césaire dont les obsèques nationales sont approuvées par tous les éditorialistes, qui soulignent souvent la "double vie" du poète et de l'homme politique.

Le président Nicolas Sarkozy, qui a salué en Aimé Césaire un "symbole d'espoir pour les peuples opprimés", a fait savoir qu'il se rendrait aux obsèques du militant anti-colonialiste.

Et l'idée de transférer le corps du poète et homme politique au Panthéon, le temple parisien que "la patrie reconnaissante" voue "à ses grands hommes", était avancée par la ministre de la Culture Christine Albanel, comme par l'ancienne candidate socialiste à la présidence Ségolène Royal, qui fera également le voyage en Martinique.

En attendant, c'est le peuple martiniquais qui accompagnera et veillera vendredi et samedi "Papa Césaire", le surnom de celui qui fut maire de Fort-de-France (1945-2001), et député (1945-1993) pendant une durée inégalée au Palais Bourbon. Un cortège emmenant la dépouille d'Aimé Césaire circulera dans les rues de Fort-de-France vendredi jusqu'au stade de Dillon, où le corps sera veillé par la population jusqu'à sa mise en terre dimanche.

Figure emblématique des Antilles françaises, et objet d'un véritable culte en Martinique, Aimé Césaire avait été admis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, où il est décédé jeudi à 05h20 heure locale (11H20 à Paris). Né en 1913 à Basse-Pointe, sur la côte nord de la Martinique dans une famille de petits fonctionnaires, Aimé Césaire avait été confronté très jeune à la misère de la population rurale d'une île profondément marquée par deux siècles d'esclavage, qui avait alors le statut de colonie.

Etudiant à Paris dans les années 1930, il avait forgé avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, le concept de la "Négritude", la conscience de l'identité noire, la "fierté d'être nègre" et de revendiquer ses origines africaines.

La "négritude" avait rapidement débordé le cadre des seuls intellectuels français pour se répandre dans les pays colonisés, en Afrique, dans les Caraïbes, et au delà chez les militants noirs américains en lutte pour les droits civiques. Son message avait dès lors pris un caractère universel, notamment après la publication de son "Discours sur le colonialisme" (1950), cri de révolte contre l'Occident, juché sur "le plus haut tas de cadavres de l'humanité".

De tous les combats contre le colonialisme et le racisme pendant 70 ans, l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" a consacré sa vie à la littérature et à la politique. Il avait notamment été en 1946 le rapporteur de la loi sur la départementalisation des territoires de Martinique, Guyane, Guadeloupe et de La Réunion. Il avait fondé le Parti Progressiste Martiniquais (PPM) en 1958, après sa rupture avec le PCF.

A l'annonce de son décès, les chaînes de télévision locales ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique classique ou afficher une photo du poète.

Ségolène Royal (PS) a demandé l'entrée au Panthéon de cet "éclaireur de notre temps". Jacques Chirac a salué "un homme de lumière", et le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la "très grande émotion" de toute la "famille francophone".

Cette unanimité des réactions au décès d'Aimé Césaire tranche avec l'âpreté des combats menés par le poète-militant tout au long de sa vie. Ainsi Aimé Césaire avait-il d'abord refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu par ce dernier, puis annulé, aux Antilles en 2005, en signe de protestation contre la loi de février 2005 dont un article reconnaissait "le rôle positif de la présence française outre mer". Le poète avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur, lui offrant son "Discours sur le colonialisme".

La presse quotidienne rend un hommage unanime vendredi à Aimé Césaire.

Didier Pourquery, dans Libération, estime que "la grandeur de Césaire fut de prendre à bras-le-corps (les) problèmes issus du colonialisme et de les régler au jour le jour, sans relâche". "Poète et député, maire et visionnaire, Aimé Césaire fut l'homme de la culture en action", conclut-il.

Dans La Croix, Dominique Quinio célèbre "l'engagé et le rêveur, le magicien du verbe et le laboureur d'idées (qui) fut homme de mots et homme d'action". "Il est bon que la postérité n'oublie aucun de ses visages", écrit-il.

Xavier Panon (La Montagne) approuve les obsèques nationales en l'honneur de cette personnalité et de "son apport exceptionnel dans la littérature et dans la conscience nationale".

"Entre ici, Aimé Césaire!", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré en reprenant la fameuse exclamation d'André Malraux lors du transfert des cendres du résistant Jean Moulin au Panthéon. C'est pour Didier Pobel la place où doit reposer celui qui "fut une conscience" et qui est "devenu une légende".

Une idée qui n'est cependant pas reprise par Olivier Picard des Dernières Nouvelles d'Alsace: "La proposition est belle mais l'intéressé n'en demandait pas tant". "Il doit vivre, et pas disparaître sous des gerbes de fleurs."

Toujours à propos des obsèques nationales du "poète vénéré de tous", Jules Clauwaert souligne dans Nord-Eclair que "la France s'y retrouvera, métissée comme elle l'est sur les stades".

Dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, Hervé Cannet entend retenir "sa voix dérangeante et revendicative, ce +besoin de rugir+ qui portait jusqu'au plus profond de l'Afrique et de l'Amérique".

Ce qui fait écrire à Jacques Gantié (Le Midi Libre) qu'"un demi-siècle après son Discours sur le colonialisme, la révolte d'Aimé Césaire ... brûle encore".

L'Union, sous la plume d'Hervé Chabaud, écrit enfin que Césaire est "un messager de l'universel" qui a été "accompagné par cette foule qui, de la Martinique à l'Afrique jusqu'en métropole, avait compris qu'il appartenait déjà à l'histoire". "

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Message par Tsina le Ven 18 Avr - 9:20

"Ecoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs ! "

[right]Aimé CESAIRE

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Message par Tsina le Ven 18 Avr - 9:21

"Cahier d'un retour au pays natal - extraits

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes




Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Tsina le Ven 18 Avr - 9:22

"LA ROUE

La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les
couteaux de l'hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d'un lac
et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année
germe "

Aimé Césaire

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Ramon TAFREZ le Sam 19 Avr - 1:14

- C'est moderne. Mais, ça n'enlèves rien à Lamartine ou un Hugo même désolé. Au contraire, ça en rajouterai un tantinet. Je n'ai jamais lu A Césaire; Ah c'est qm plus travaillé que le slam. Bon, ok ce n'est pas la même branche de la poésie et on ne peut comparer, certes. Jusqu'ici mon préféré est la roue - Uniquement parce que cela entre dans le genre de tournure que j'affectionne le plus. Quel merveilleux petit travail d'archive tu nous sors là Tsina!!.

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Tsina le Sam 19 Avr - 11:10

Non ça n'enlève rien aux autre auteurs...

Y'a un truc qui m'a frappé lors de l'annonce de la mort d'Aimé Césaire. C'est l'hypocrisie de certains hommes politiques...

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Ramon TAFREZ le Sam 19 Avr - 12:58

-Ah bon, je n'ai rien capté!
Par contre j'ai bien saisi la proposition du Panthéon. Ce qui semble bien approprié.

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Tsina le Sam 19 Avr - 13:00

Ben des gars qui se disent "extrêmement touché" par cette mort, alors qu'ils en ont quasi rien à foutre...

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Ramon TAFREZ le Sam 19 Avr - 14:50

-Bah, tant que c'est politiquement correct. C'est dans la tradition de la famille. On ne va pas changer les moeurs. Et puis ça sépare le bon grain de l'ivraie.
-Moi ce qui m'amuse à m'en faire pleurer c'est quand on parle des jeunes,... et... plus particulièrement ceux des coins défavorisés ou des "zones sensibles"- Ne ciblons pas la Zone. Bref la banlieue, tout en parlant d'institution(s) pour ce faire et qu'en même temps on supprime l'oxygène à de petites initiatives associatives. Culturelles, créatives, et parfois génératrices d'activité sociale; quand c'est aussi et surtout systèmatiquement générateur de donner une bonne image de soi. Dans tous les sens du terme car là c'est universel. Comme la poésie peut l'être; lorsqu'elle s'atache aux valeurs humaines.

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Tsina le Sam 19 Avr - 15:14

Mais on ne supprime pas l'oxygène qu'aux petites initiatives associatives...dès que la nouvelle équipe est arrivée au pouvoir, toutes les subventions ont été revues sérieusement à la baisse...

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Re: Et personne a pensé à en parler ici...

Message par Ramon TAFREZ le Dim 20 Avr - 18:00

-C'est bien ce que je dis.
- Pour paraphraser la Bible à l'envers, sur le sujet des petites choses.
- Si on supprime aux plus importants, forcément et sans effet d'osmose, mais uniquement par gravité fonctionnelle le reste suit.

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